Neuf machines neuves dans un atelier de lycée, une journée portes ouvertes, une inauguration officielle : à Questembert, dans le Morbihan, tout est prêt pour montrer que l’usinage a changé. Mais un chiffre, mis en avant cette semaine par le magazine Unidivers, vient compliquer le récit habituel sur la désaffection des jeunes pour l’industrie. Les candidats ne manquent pas. Ce sont les inscriptions qui n’arrivent pas.
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Fabrik Deiz, le 10 novembre au lycée Marcellin-Berthelot #
Le lycée Marcellin-Berthelot organise le mardi 10 novembre 2026 une journée baptisée Fabrik Deiz, dans le cadre de la Semaine de l’industrie. Selon la présentation publiée par l’établissement, l’objectif est de faire découvrir les métiers de l’usinage et de l’outillage, ainsi que les formations et les débouchés qui y mènent.
Le programme mêle deux publics. Le matin, un temps est réservé aux professionnels de l’outillage et de l’usinage, avec notamment la présentation du catalogue et des innovations d’un constructeur allemand de machines-outils. Le grand public, lui, est invité à découvrir le nouvel environnement des ateliers : neuf équipements financés par la Région Bretagne, et le camion-atelier Puxi. Une inauguration officielle est prévue en présence de plus de 150 invités, dont le président de la Région Bretagne et la rectrice de la région académique, ou leurs représentants.
Ce qu’on enseigne vraiment dans ces ateliers
Le lycée propose un bac professionnel en réalisation et maintenance des outillages, un BTS conception des processus de réalisation de produits (CPRP), ainsi que des formations en plasturgie et composites. Autrement dit, toute la chaîne qui va de la conception d’une pièce à son industrialisation.
Unidivers le résume bien : la main reste indispensable pour régler, vérifier et corriger, mais elle travaille désormais avec des modèles numériques, des logiciels de fabrication assistée par ordinateur, des machines à commande numérique et des instruments de mesure. L’usinage ne devient pas virtuel parce qu’une fraiseuse obéit à un programme. Il faut toujours comprendre les matériaux, les tolérances, l’usure de l’outil et les contrôles.
90 candidatures, 4 choix d’intégration #
C’est le cœur du sujet. D’après les données Parcoursup citées par Unidivers, le BTS CPRP de Questembert affichait pour la session 2025 15 places et 90 candidats. Parmi eux, 84 ont été classés et ont pu recevoir une proposition. Pourtant, à la mi-juillet, à la fin de la phase principale d’admission, seuls quatre candidats avaient choisi d’intégrer la formation.
Le magazine prend soin de ne pas surinterpréter ce chiffre. Il ne s’agit pas du nombre définitif d’inscrits à la rentrée, ni d’une mesure de tous les apprentis. Une candidature sur Parcoursup signale un intérêt, souvent parmi plusieurs vœux concurrents ; ce n’est pas un engagement. Pour 2026, la fiche Parcoursup de la formation indique 15 places et 71 vœux confirmés.
Où se perdent les vocations ?
Les pistes évoquées sont nombreuses et n’appellent pas les mêmes réponses : orientation par défaut, mobilité difficile, coût du logement, hiérarchie familiale des diplômes, concurrence d’autres cursus, découverte tardive du contenu réel des études. Pour trancher, il faudrait connaître les effectifs réellement présents en première année, la part d’apprentis, les abandons et les raisons des désistements.
Pour un industriel qui cherche des techniciens, la leçon est pourtant claire : le premier contact a lieu, l’intérêt existe. C’est entre le vœu et la rentrée que le lien se rompt. Une entreprise qui accueille des stagiaires, propose des contrats d’apprentissage ou se fait connaître au moment des choix d’orientation peut peser sur cette étape.
Que deviennent les diplômés ? #
L’autre question est celle de l’insertion. Pour la voie scolaire du BTS CPRP de l’établissement, l’Onisep publie les indicateurs InserJeunes : 41 % des sortants sont en emploi salarié six mois après la fin de la formation, 50 % poursuivent une formation et 9 % sont dans d’autres situations.
Ces chiffres rappellent qu’un BTS industriel n’est pas seulement une porte d’entrée directe à l’atelier. La moitié des diplômés continuent leurs études, vers une licence professionnelle ou une école d’ingénieurs par exemple. Pour l’industrie locale, c’est à la fois une bonne nouvelle, puisque le niveau de qualification monte, et un défi, puisque ces profils arrivent plus tard sur le marché du travail.
Des machines neuves ne suffisent pas #
Investir dans un parc machines récent est une condition nécessaire pour former à des métiers qui ont basculé dans la commande numérique et la FAO. Un élève qui apprend sur un centre d’usinage moderne sera opérationnel plus vite en entreprise. Mais Unidivers pointe aussi ce qu’une démonstration ne montre pas : les horaires, le salaire à l’embauche, la progression, la sécurité, le bruit, la distance entre le domicile et l’entreprise.
C’est sans doute là que se joue la suite. Les visiteurs du 10 novembre verront des machines en fonctionnement. Les jeunes qui hésitent voudront aussi savoir combien d’élèves vont au bout de la formation, quelles entreprises du bassin prennent des apprentis, avec quels contrats. Les industriels qui répondront à ces questions ce jour-là auront peut-être plus d’impact que la meilleure des fraiseuses cinq axes.
La journée est en accès libre pour le grand public et les familles. Une inscription est demandée aux demandeurs d’emploi et aux groupes scolaires, selon le portail Bretagne Orientation.
